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De la prise de conscience de réflexes féminins

Il est des matins où on parcourt son bon vieux flux RSS à l’écoute de l’actualité, et on évite soigneusement les titres racoleurs. Vous savez, ces titres qui parlent pour ne rien dire et qui sont conçus pour qu’on clique dessus : « il ne savait pas ce qui allait se passer… » , « elle n’imaginait pas sa réaction », etc. etc.

Mais les journaux de mon flux RSS utilisent très rarement ce genre de ressorts tordus. Alors, quand j’ai vu ce titre, « La chose que font toutes les femmes et que vous ignorez », j’ai pensé : « oh, encore un amas de clichés sexistes à la c*n… ». Mais mon flux RSS compile rarement ce genre de clichés, l’avantage d’un lecteur de flux étant qu’on choisit de s’abonner à un journal. Alors j’ai cliqué.

Et vous aussi, vous allez cliquer, chèr(e) lecteur/trice. Car il ne m’a pas fallu très longtemps pour me rendre compte que, non seulement ce n’est pas un amas de clichés sexistes à la con, mais qu’au contraire, nous sommes très nombreuses à vivre chaque jour ce que l’auteure décrit. En plus il est bien écrit (et traduit), vous n’y perdrez donc pas votre temps.

Et après avoir partagé l’article auprès de mes amies, nous sommes toutes plus ou moins concernées, et nous nous sommes rendues compte que rares sont les fois où nous partageons ces expériences désagréables avec notre entourage.

Mais nous avons toutes connues au moins une fois le regard lubrique d’un homme qui clairement nous regardait comme un potentiel casse-croûte. Et quelquefois à un age où nous ne sommes pas légalement en état de donner un consentement (1)donc avant 15-16 ans ; la définition de l’atteinte sexuelle sur mineur, qui la fixe par principe à 15 ans, étant régi par l’Article 227-25 du Code pénal. Wikipedia et Legifrance.gouv.fr sont vos amis dévoués. . Il a suffi de commencer à porter un soutien-gorge pour la plupart d’entre nous. Et vu la taille du mien, j’ai longtemps porté des vêtements larges pour compenser et, si possible, passer inaperçue.

J’entends déjà les rageux dire « Râle pas, c’est flatteur ». Mais qu’est-ce qu’il y a de flatteur dans le fait de se retrouver en face de quelqu’un qui vous prend pour un bout de viande ? Si ce n’est pas moi, ce serait une autre, car il n’y a rien de plus remplaçable qu’un casse-croûte potentiel. Je ne veux pas être un casse-croûte. Et comme toutes mes consoeurs, je ne suis pas un buffet à volonté.

Ce n’est pas flatteur, c’est effrayant. C’est effrayant de changer de place dans le métro parce qu’un homme qui trouve qu’une jupe-culotte large et qui tombe jusqu’aux chevilles, c’est sexy ; et qu’il profite d’être assis sur la strapontin d’à côté pour passer une main « discrète » le long de la cuisse. On rage parfois de ne pas lui avoir retourné le poignet pour lui apprendre, mais on ne fait rien, on change de place. Beaucoup trop risqué de faire quoi que ce soit d’autre.
C’est effrayant de s’entendre dire « non, c’est gentil merci » alors qu’on aimerait dire « je ne suis pas intéressée ». C’est également effrayant de s’entendre dire qu’on ne vit pas seule, et effrayant lorsque préciser qu’on n’est pas célibataire ne suffit pas à décourager l’assaut, qu’on est obligé de s’enfoncer encore plus en affirmant avec force conviction « non mais là je dois y aller, il m’attend » (techniquement c’était vrai, il m’attendait à la maison, même si c’était « elle » et pas « lui » et que c’était ma chienne).
C’est effrayant d’écouter une amie qui a échappé de justesse à un viol dans un parking tard le soir. C’est effrayant d’accepter tacitement des gestes déplacés juste parce qu’on se dit qu’on sera peut-être débarrassée une bonne fois pour toutes si on laisse faire. Et c’est effrayant d’envisager de ne pas être débarrassée malgré tout.

Ce qui peut être effrayant, c’est également de penser que des femmes, qui ont probablement vécu ce genre de situation de harcèlements divers, et qui donc savent, puissent considérer qu’une femme qui se fait violer est forcément coupable de ce qui lui est arrivé. Considèreraient-elles qu’en tant que proies, nous avons droit à une sanction pour comportement non standard ? Quel est le comportement standard dans ce cas ? Rester à la maison ?

Cela ne nous empêche pas de sortir seules le soir, librement, « sans escorte masculine », selon l’expression consacrée. Mais c’est rageant de penser que nous avons fini par intégrer ces gestes déplacés et ces dragues lourdingues de la part d’hommes mal dégrossis (2)et probablement très mal élevés par Maman ET Papa ; surtout Papa en fait, les garçons ont tendance à imiter leur père, surtout lorsqu’il s’agit de goujaterie., comme un tribu à payer pour notre liberté.

Et c’est vrai, c’est effrayant, mais nous ne sommes pas nombreuses à partager ce genre d’expérience, y compris entre nous, et nous minimisons le plus possible pour ne pas avoir droit à quelques réflexions humiliantes pour clore un sujet déjà très humiliant.
Nous avons à la fois appris à pratiquer quotidiennement l’art de l’esquive, telle une proie, et celle de l’acceptation implicite de la présence de prédateurs. C’est autant de gouttes d’eau qui s’amoncellent, jour après jour, parfois jusqu’à un point de rupture sur lequel nous avons du mal à mettre des mots.

Je remercie donc vivement l’auteure de ce billet, car il est vrai de bout en bout. Et aussi parce que j’espère qu’il incitera les femmes à partager sur ce genre de sujet. Et qui sait, si cela peut faire boule de neige auprès de la gente masculine compréhensive… Je prends aussi 🙂

Notes   [ + ]

1. donc avant 15-16 ans ; la définition de l’atteinte sexuelle sur mineur, qui la fixe par principe à 15 ans, étant régi par l’Article 227-25 du Code pénal. Wikipedia et Legifrance.gouv.fr sont vos amis dévoués.
2. et probablement très mal élevés par Maman ET Papa ; surtout Papa en fait, les garçons ont tendance à imiter leur père, surtout lorsqu’il s’agit de goujaterie.

Liste non exhaustive des expressions et actes sexistes dont nous n’avons même plus conscience

Nous sommes tou(te)s le fruits d’une éducation, d’une culture, et d’un contexte (historique, politique, identitaire…). Il peut nous arriver de laisser passer certains comportements ou certaines paroles sans vraiment nous rendre compte qu’ils sont réellement sexistes.

Ces petits exemples ne sont pas là pour donner de leçon à qui que ce soit, ni pour dénoncer, ni pour juger, même si le but plus ou moins avoué de cette série est quand même d’allumer un neurone ou deux sous la carlingue de certains.
Se rendre compte des tics de langage, habitudes des un(e)s et des autres peut finalement être un bon point de départ pour une vision plus globale et plus contrastée.

C’est pourquoi cette série est faite, et nous espérons que vous pourrez me l’enrichir de vos propres expériences 🙂

Commençons par un exemple :

Pour se saluer, les hommes se serrent la mains entre eux mais font la bise aux femmes, qui se font la bise entre elles

Cette curieuse coutume est particulièrement douloureuse pour les joues quand on arrive bonne dernière dans une soirée de 20 à 30 personnes à qui il serait, paraît-il, bien vu de faire la bise. Elle peut paraître assez cocasse lorsque deux hommes d’une même famille, des frères par exemple, se serrent la main. Mais cette pratique est bien ancrée et rarement remise en cause, du moins en France.
Pourtant, le caractère sexiste d’une telle pratique est évident, mais sa généralisation massive en fait une habitude difficile à chasser, car souvent apprise dès l’enfance, en famille.

Un comportement non sexiste consisterait à faire la bise tout le monde, ou à personne, le contact physique n’étant pas nécessaire pour saluer quelqu’un. L’autre solution étant de garder la bise pour les proches et la main pour les autres, sans autre distinction que celle de la proximité. Ou d’inventer un moyen inédit et compréhensible pour se saluer… dire « Bonjour » avec le sourire, par exemple.

La suite au prochain épisode…

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